// Par Camille Pierre //

 

L’annonce a défrayé la chronique. Dans un communiqué fin mars 2017, le groupe Lafarge reconnaissait des financements « indirects » de groupes armés syriens, notamment l’Etat islamique, pour conserver son activité en Syrie en 2013 et 2014. Le géant suisse des matériaux de construction est accusé de financement d’entreprise terroriste (environ 30.000$ déversés par mois en cash à Daech), de mise en danger de la vie d’autrui et risque une lourde amende, des peines de prison voire même la dissolution de la société. Évidemment, Lafarge n’est pas la seule source de financement de Daech. Et bien que des pays soient fréquemment accusés de laxisme dans la lutte contre le terrorisme (c’est le cas du Qatar), les financements de Daech relèvent plus d’une organisation bien rodée. En fait, le groupe terroriste est très bien organisé et possède des départements spéciaux pour gérer son approvisionnement, ses ressources souterraines et sa technologie. Par exemple, l’organisation islamiste a mis en place une véritable logistique avec notamment un responsable du pétrole, un « ministre des finances » et un responsable des ressources humaines, chargé de diffuser la propagande de l’EI et de recruter à prix d’or des forces vives ultra compétentes, notamment des médecins et ingénieurs. L’EI utilise même des tableaux Excel retraçant les flux commerciaux et les revenus de ses troupes !

 

Mais d’où viennent tous les fonds de Daech ? L’EI se finance grâce aux ressources tirées des territoires qu’il contrôle. La vente d’hydrocarbures – majoritairement sur place mais aussi par des circuits de contrebande en direction de la Syrie de Bachar el-Assad ou de la Turquie – lui garantit une autosuffisance. En 2015, 60% des recettes de l’EI provenaient des ressources naturelles exploitées sur le territoire, dont 24% pour le pétrole. De plus, l’exploitation des terres et les taxes imposées aux populations sur les productions agricoles garantissent à Daech une source de revenus supplémentaire. En effet, pour compenser la baisse de ses recettes en ressources naturelles, (dûe à la baisse du prix du baril de pétrole), l’EI taxe tout : les biens de consommation, les retraits d’argent et les salaires (des fonctionnaires notamment). Par ailleurs, l’EI s’approprie tout ce que les habitants ayant fui ont laissé derrière eux et pille les réserves financières des administrations et des banques situées sur les territoires qu’il occupe. Daech est impliqué aussi dans toutes sortes de trafics illicites : trafic de biens culturels, d’antiquités, de faux papiers, de drogues mais également d’organes et d’êtres humains (esclavage sexuel). Enfin, les rançons du kidnapping et les donations ne constituent qu’une part minoritaire du budget islamiste, respectivement 4% et 2%.

 

Les finances de l’EI se sont toutefois effondrées. Les revenus mensuels de Daech sont passés de 81 millions de dollars fin 2015 à 16 millions de dollars au second semestre 2017, soit une baisse de 80%. Cette baisse de revenus est directement liée à la perte de 60% de ses territoires en trois ans, notamment la perte de contrôle de zones pétrolières et de régions peuplées. Bien sûr, les mesures prises au niveau international pour limiter les moyens financiers de Daech ont contribué à diminuer le budget de l’EI. En effet, les banques ont des obligations à respecter : tous les fonds et ressources économiques appartenant à l’EI doivent être gelés, et les transactions pour lesquelles il existe un soupçon qu’elles puissent être faites en faveur d’une personne affiliée à Daech doivent être déclarées sans délai à la cellule de renseignement financier. En conclusion, la lutte contre le terrorisme est loin d’être terminée et c’est aussi au secteur financier de s’opposer à ce dernier, par tous les moyens possibles.

 

Sources :

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2015/11/19/29006-20151119ARTFIG00006-petrole-taxes-donations-trafics-d-humains-comment-daech-se-finance.php

http://www.stop-djihadisme.gouv.fr/terrorisme-djihadiste/daech/comment-daech-se-finance-t-il

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/decryptage/2016/03/23/29002-20160323ARTFIG00236-le-nebuleux-financement-de-daech.php

http://www.leparisien.fr/politique/la-lutte-contre-daech-se-mene-aussi-sur-le-terrain-financier-23-11-2015-5303877.php

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