// Par Camille Pierre //

C’est une mesure exceptionnelle. Vendredi, le vice-ministre des Finances chinois, Zhu Guangyao, a annoncé que la Chine assouplira les règles encadrant son secteur financier. Cette annonce fait suite à la visite du président américain Donald Trump à Pékin jeudi. Ce dernier avait sommé son homologue Xi Jinping d’offrir aux entreprises américaines « un environnement plus équitable ». En effet, les nombreuses restrictions encadrant le secteur financier chinois font fréquemment l’objet de critiques de la part de Washington et de l’UE. Bruxelles considère que la Chine a des relations déséquilibrées dans le secteur du marché financier et condamne les sociétés chinoises (comme Haitong, ICBC, Anbang…), qui, notamment en Europe, cumulent les acquisitions dans la finance. La Chambre de commerce de l’UE à Pékin estime qu’à présent, les banques étrangères jouent un rôle très secondaire en Chine (leur part de marché est d’ailleurs en baisse : 1.4% en Chine en 2015, contre 2.2% en 2008). Ainsi, aujourd’hui, un investisseur étranger ne peut pas acquérir plus de 20% du capital d’une banque chinoise. C’est ce protectionnisme chinois que dénonce l’UE.

La Chine avait déjà autorisé les sociétés étrangères à prendre des parts minoritaires dans ses entreprises financières (à hauteur de 49%). Désormais, les sociétés étrangères pourront contrôler jusqu’à 51% des sociétés financières actives dans le courtage, la gestion d’actifs ou le négoce de contrats à terme. De plus, M. Zhu a indiqué que ce plafond de 51% sera supprimé d’ici 2020. Au niveau du secteur bancaire, les investisseurs étrangers pourront devenir majoritaires des banques chinoises, mais les autorités n’ont pas encore donné un calendrier précis. Toutefois, la Chambre de commerce de l’UE émet des réserves quant aux suites de ces décisions. Elle doute de leur mise en œuvre effective et craint que les véritables marges de manœuvres des groupes étrangers en Chine soient limitées. En effet, les entreprises étrangères pourraient se voir imposer des permis supplémentaires, des exigences réglementaires ou des restrictions pour permettre à la Chine de garder la main sur son secteur financier. À cela s’ajoute une ouverture tardive, qui rend l’implantation plus difficile pour les firmes étrangères, en particulier à cause de la concurrence des banques étatiques.

Néanmoins, les efforts réalisés par le régime communiste marquent un tournant dans l’histoire de la Chine, même si cette dernière avait déjà commencé à entrouvrir ses marchés depuis quelques années. La Chine promet également de réduire petit à petit les droits de douane. De plus, vendredi, Wang Yang, le vice-Premier ministre, a souligné que les firmes étrangères ne devaient pas « être forcées et contraintes » à partager leurs technologies pour intégrer le marché chinois. Il répond ainsi aux attaques de Washington qui avait ouvert une enquête sur le sujet. Enfin, les efforts chinois en matière de libéralisme se confirment depuis trois ans. En 2014, deux plateformes de transactions ont été lancées afin de connecter les Bourses de Shanghai et de Shenzhen à celle de Hong-Kong ce qui a permis d’ouvrir l’accès aux investisseurs étrangers à certains titres cotés. Enfin, en juillet 2017, l’ex-Empire du Milieu avait ouvert son immense marché obligataire en yuans. La Chine semble ainsi de plus en plus prête à libéraliser son secteur financier et cette baisse du protectionnisme n’est pas sans réjouir les Etats-Unis et l’UE.

Sources :

10/11/2017, RFI « La Chine élargit l’accès des entreprises étrangères à son secteur financier » http://www.rfi.fr/economie/20171110-chine-elargit-acces-entreprises-etrangeres-son-secteur-financier

10/11/2017, Trends « Pékin va ouvrir son gigantesque secteur financier » http://trends.levif.be/economie/banque-et-finance/pekin-va-ouvrir-son-gigantesque-secteur-financier/article-normal-753019.html

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