La Commission européenne a annoncé le rejet du budget prévisionnel italien pour 2019

//Norman Lucas//

Le 23 octobre 2018, la commission européenne a annoncé une décision jusqu’à lors inédite : le rejet du budget annoncé par l’un de ses Etats membres : l’Italie. La coalition gouvernementale italienne menée par le gouvernement 5 étoiles et la ligue du Nord qui voulait augmenter le déficit à hauteur de 2,4% du PIB pour 2019 pour son “budget du peuple” doit « revoir sa copie » selon le commissaire européen aux affaires économiques Pierre Moscovici.

Cette volonté de réaliser une relance budgétaire avait été tout d’abord été mal accueillie par les marchés financiers lors de l’annonce le 27 septembre avec une baisse de la bourse de Milan de 3,7% et une montée des taux d’intérêts sur le marché des obligations. C’est désormais la commission européenne qui condamne ce budget. La relance budgétaire souhaitée par le gouvernement ne pourra pas à priori créer un surplus de d’activité, de croissance qui permettrait le remboursement des dettes, selon Nicole Nobile économiste chez Oxford Economics la croissance italienne sera d’environ 1% pour 2019, en outre, elle estime que « l’effet d’une politique expansionniste sera limité ».

Du côté du gouvernement italien ce rejet est perçu comme une injustice. En effet, cette hausse des dépenses publiques annoncée reste malgré tout en accord avec le pacte de stabilité et de croissance adopté lors du conseil européen d’Amsterdam  le 17 juin 1997 qui stipule qu’un Etat doit avoir un déficit public inférieur à 3% de son PIB. Ce rejet est d’autant plus perçu comme une injustice que la France va avoir un déficit à hauteur de 2,8% en 2019 sans que la commission ne condamne cette politique. Pour saisir ce paradoxe, “il faut comprendre que l’objectif de la Commission européenne est l’assainissement des finances publiques à moyen terme. Elle ne raisonne donc pas à un instant T, mais sur plusieurs années” indique Cecile Ducourtieux journaliste pour Le Monde. En effet , le pacte de stabilité de croissance comporte une seconde règle la dette publique d’un Etat doit rester inférieur à 60% de son PIB, or , la dette publique italienne a atteint 131,2% de son PIB en 2017 contre 98,5 pour la France. En outre, le déficit français est lié aux réformes fiscales réalisées par le gouvernement d’Edouard Phillippe, ce déficit est ainsi conjoncturel et devrait se résorber aux alentours des 1,8% en 2020. Le déficit italien est quant à lui lié aux structures de son économie qui doivent être modifiées par des réformes qui peuvent prendre du temps.

Les objectifs de la commission sont ici multiples, tout d’abord, elle incite au respect des règles des traités signés à travers le dialogue et la fermeté, ensuite, elle gagne en crédibilité aux yeux des acteurs européens, enfin elle lance un message politique aux gouvernements populistes.

Cette décision italienne n’est pas sans conséquence sur le plan européen, cela crée une forte instabilité sur le marché des obligations souveraines qui pourrait fragiliser des Etats encore durement touchés par la crise, comme l’Espagne ou le Portugal. Les autorités grecques redoutent que leurs banques,n’en soient les premières victimes de cette décision politique italienne. Les semaines à venir s’annoncent décisives pour les Etats et les marchés européens.

 

https://www.investing.com/news/economy-news/italy-tells-eu-it-is-sticking-to-budget-plans-keeps-eye-on-debt-deficit-1653397

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/10/23/la-commission-europeenne-rejette-le-budget-previsionnel-italien_5373433_3234.html

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/10/23/deficit-l-italie-vilipendee-la-france-epargnee_5373190_4355770.html

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