A l’heure du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne, qui obtiendra la garde des actifs financiers de la City ?

//Par Pierre Lansonneur//

 

Une accélération brutale en cet automne 2018

Le 23 juin 2016, les britanniques optaient pour la sortie de l’Union Européenne. Plusieurs grandes firmes annonçaient déjà des bouleversements de leur stratégie à l’image d’HSBC qui souhaitait relocaliser près de 1000 postes sur le Vieux Contient. Cependant, en été 2017, peu de changements s’étaient effectués, l’on était loin des 1000 postes annoncés par HSBC et la seule décision de taille avait été le transfert de l’Autorité Bancaire Européenne (EBA) à Paris, prévu pour mars 2019.

Or, le mois d’Octobre 2018 marque un tournant, il est censé être la date limite pour trouver un accord selon le négociateur en chef de l’Union Européenne sur le Brexit, Michel Barnier. Donald Tusk a déclaré dans la foulée que l’absence d’accord était « plus probable que jamais », les présidents européens, quant à eux, annoncent s’être préparés à tous les scénarios possibles et près de 69 000 milliards de Livre ont été transférés dans des chambres de compensation afin de prévenir toutes fluctuations trop importantes du cours d’ici mars 2019. Ainsi, le Brexit refait couler de l’encre tout comme la question des relocalisations.

Qui de Francfort, Paris (ou Dublin) sortira grand gagnant en 2019 ?

La City s’est, depuis bien longtemps, imposée comme la place financière en Europe. Cependant, le Royaume-Uni semble perdre du terrain au profit de l’Allemagne et de la France voire de l’Irlande et des Pays-Bas. En 2017, lorsque les acteurs financiers étaient en attente, la Deutsche Börse de Francfort était bien partie pour accueillir les actifs financiers de La City puisqu’elle avait entrepris un rapprochement avec cette dernière depuis 2016 (avec la volonté d’une fusion des deux entités) et que s’y trouvait le siège de la Banque Centrale européenne.

Cependant en ce mois d’octobre, il semblerait que l’effet Macron porte ses fruits (les réformes fiscales mais également celles sur la flexibilité de l’emploi). En effet, après l’annonce précipitée d’HSBC, JP Morgan et BlackRock (6 300 milliards dollars d’encours) souhaiteraient rejoindre Citigroup et Bank of America à Paris en plus des 70 sociétés de gestion d’actifs, fait remarquer le Financial Times. « France is Back », comme l’énonçait Emmanuel Macron à Davos ? La Bourse parisienne possède des atouts face à Francfort, elle se spécialise dans les services financiers et les produits dérivés comme La City et se trouve dans une capitale européenne internationale en comparaison avec Francfort souvent considérée comme « la cinquième ville d’Allemagne ». Elle peut également s’appuyer sur la qualité des relations qu’elle entretient avec l’Afrique du Nord pour développer des activités de négoce dont les acteurs financiers du Moyen Orient (le Bahreïn avec ABC ou la National Bank of Kuwait) sont particulièrement attachés ainsi que la possibilité d’investissement dans l’immobilier.

 

Face à ses nouvelles peu rassurantes pour le Royaume-Uni, le chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances) a déclaré qu’un « budget d’urgence » devrait être mis en place s’il n’arrive pas à trouver un compromis avec l’Union Européenne. En effet, ce divorce sans accord pourrait avoir de lourdes répercussions sur l’économie britannique, note l’Agence S&P qui prévoit une récession pour 2019 et 2020 (un recul de de 1,2% puis de 2,5% du PIB). Le Président autrichien a, cependant, déclaré qu’il n’y avait pas d’autre alternative que d’éviter un Hard Brexit (un clin d’œil au « there is no alternative » de M. Thatcher) ce qui permet de rester optimiste pour la suite des évènements. Le FT déclarait notamment qu’un accord financier de principe a été trouvé en ce début de mois de novembre, toutefois d’autres sources ne se sont pas avancées à ce point notamment un responsable de l’Union Européenne ou encore le porte-parole du 10 Downing Street qui s’accordent pour dire que les négociations se poursuivent.

 

Sources :

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/brexit-selon-le-financial-times-la-place-de-paris-est-en-train-de-gagner-792305.html

https://www.capital.fr/entreprises-marches/brexit-leffet-macron-deux-geants-americains-de-la-finance-sagrandissent-a-paris-1297059

https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0600071310707-brexit-un-accord-serait-conclu-sur-les-services-financiers-2218251.php

Graphe : Dernière enquête de Reuters sur les anticipations de relocalisations de Londres vers Paris, Francfort, Dublin, Amsterdam ou ville indéterminée.

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