//Par Pierre Lansonneur//

 

Tandis que 2018 fut une année pleine d’incertitude sur les marchés financiers (guerre commerciale, Brexit, défiance des marchés envers la politique italienne, ralentissement de la croissance mondiale), les quarante premières entreprises françaises se portent bien. En tout cas, c’est ce qu’il en ressort des dividendes accordés en 2018, à savoir près de 57,4 milliards d’euros (dont près de 10,9 milliards d’euros en rachat d’actions).

 

Début 2018, Jörg de Vries-Hippen, CIO Actions Europe chez Allianz Global Investors, énonçait : « Il y a longtemps que les perspectives n’ont pas été aussi prometteuses qu’en ce début d’année 2018 ; l’économie européenne se porte bien et les bénéfices des entreprises devraient continuer à évoluer positivement, une situation qui a un impact favorable sur les paiements de dividendes et les ratios de distribution des sociétés ». Début 2019, on confirme ces propos, les résultats nets des entreprises françaises ont augmenté de près de 18%. La conséquence sur les dividendes est que l’on n’assiste pas à une hausse de ceux-ci de 8% comme le prévoyait AllianzGI mais à un bond de 12,8% par rapport à l’an dernier et de 62% par rapport à son niveau le plus bas en 2009. C’est donc, onze ans après, un retour à la période d’avant crise des subprimes.

Oui, les géants du CAC 40 vont bien et ce n’est pas un mal, bien que ces chiffres tombent dans une période de trouble social en France. En effet, en plein mouvement des Gilets Jaunes alimenté par le clivage entre les ménages français, annoncer que les dividendes augmentent et que les bénéficiaires de ceux-ci vont, grâce à la Flat Tax, être moins imposés peut enflammer de nouveau le débat sur les inégalités. Surtout que sur la période 2010/2017, si le salaire moyen dans ces entreprises a augmenté de 22%, le versement des dividendes a augmenté de 44%. Il serait, cependant, incorrect de dire que cela creuse les inégalités car un versement de dividendes n’est ni plus ni moins qu’une transformation d’une partie de votre patrimoine en liquidité comme l’explique Pascal Quiry – il utilise la métaphore du retrait bancaire pour l’illustrer.

C’est ainsi une bonne nouvelle, surtout que le versement de ces dividendes n’a impliqué aucun sacrifice en termes d’investissement pour les entreprises. Elles préfèrent fidéliser leurs actionnaires plutôt que de dépenser leurs bénéfices dans un surinvestissement parfois inutile notamment pour les entreprises les plus matures du CAC40, surtout que l’investissement progresse en France comme l’affirme le site Vermimmen.com – un point qu’oublie de mentionner l’étude Oxfam dans son rapport très critique sur le versement des dividendes. De plus, le versement de dividendes fait circuler l’argent en permettant aux bénéficiaires de réinvestir ou de dépenser. Bref, le versement de dividendes colossal montre la solidité financière des quarante plus grosses capitalisations françaises qui, rappelons-le, valent plus que les quarante premières de nos voisins allemands.

A noter que cette dynamique n’est pas propre à la France puisque le versement de dividendes atteint également des niveaux records au Royaume-Uni, malgré un Brexit en approche. Il s’élève à environ 100 milliards de livre bien qu’il ne progresse que de 5,1% contre 10,8% en 2017, comme le montre une étude de Link Asset Services.

 

Sources :

http://digamoo.free.fr/verni164-.pdf

https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/0600475095942-les-groupes-du-cac-40-ont-verse-574-milliards-deuros-a-leurs-actionnaires-2234846.php

https://www.lerevenu.com/bourse/pourquoi-les-dividendes-verses-en-2018-seront-en-nette-hausse-en-europe

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