// Par Thomas Bernard//

Face aux nouvelles prévisions de croissance encore une fois revues à la baisse, la BCE (Banque Centrale Européenne) a annoncé le jeudi 7 Mars 2019 qu’elle n’augmenterait pas ses taux directeurs avant au moins fin 2019.

Qu’est ce que cela signifie et comment l’économie va-t-elle être influencée ?

Les prévisions de croissances ont connu une forte baisse. Elles sont passées de 1,7% attendue pour la zone euro en 2019 à environ 1,1% de croissance seulement. Pour pallier ce problème et booster la consommation des ménages et l’investissement des entreprises (qui sont deux composantes de la hausse du PIB), la BCE a décidé de ne pas augmenter à nouveau ses taux directeurs. Pour une banque centrale, les taux directeurs correspondent aux taux auxquels elle va prêter aux banques commerciales.

Ainsi, si la BCE maintient ses taux directeurs bas ou tout du moins ne les relève pas, les banques commerciales peuvent se financer à des taux bas, et donc proposer des prêts aux particuliers et aux entreprises à faible taux d’intérêt, ce qui engendrera investissement, consommation et -normalement – croissance.

Autre nouvelle choc : si la BCE avait annoncé avoir arrêté son programme de rachat massif de dette en décembre dernier, Mario Draghi (le gouverneur de la BCE) a annoncé que son institution allait reprendre cette politique monétaire pourtant non conventionnelle afin de soutenir la croissance.

Si ces mesures semblent totalement bénéfiques, elles comportent en revanche des effets pervers qui sont à prendre en compte dans les calculs économiques.

Premièrement, en ce qui concerne le maintient des taux d’intérêts bas, le problème de l’endettement se pose. Comme le financement par crédit bancaire est extrêmement rentable pour les entreprises, certaines s’endettent dans des proportions importantes (la dette des entreprises françaises vient de dépasser les 4000 milliards d’euros soit un peu plus de 150% du PIB), et lorsque les taux bancaires réaugmenteront vraiment, cela risquera de poser des problèmes pour leur remboursement.

Un deuxième problème par rapport aux taux d’intérêts bas se trouve dans le phénomène appelé « entreprises zombies ». Les entreprises zombies sont des entreprises qui ne sont pas ou plus productives mais qui se maintiennent en vie grâce à l’endettement permis par des taux d’intérêts bas. Cela pose un problème flagrant pour la bonne santé économique d’une nation : les entreprises moins productives sont censées laisser place aux entreprises plus productives en disparaissant, c’est le phénomène de destruction créatrice. Or, dans notre cas, ce phénomène ne peut plus se produire.

Enfin, la nouvelle politique de rachats massifs de dette de la BCE pose également de nombreux problèmes éthiques : de nombreux économistes s’alarment d’une survie là encore artificielle des entreprises et des institutions qui comptent sur la BCE pour les sortir de situations délicates.

En revanche, il convient de rappeler que la BCE n’est pas la seule banque centrale d’envergure qui adopte ces politiques monétaires non conventionnelles -ou du moins qui ne les arrête pas- puisque la FED (la réserve fédérale américaine) et la Banque du Japon s’apprêtent à faire de même.

Une chose est sûre : si ces mesures peuvent pérenniser une croissance économique à court et moyen terme, elles ne vont faire que renforcer les incertitudes sur le long terme.

Sources :

https://www.lesechos.fr/monde/europe/0600854121232-la-bce-lance-une-nouvelle-serie-de-prets-geants-pour-les-banques-2250409.php
https://www.challenges.fr/monde/europe/la-bce-renforce-son-soutien-a-l-economie-en-zone-euro_646684
https://www.lesechos.fr/13/12/2018/lesechos.fr/0600315216629_bce—la-fin-du—qe—-un-programme-qui-a-bouleverse-les-marches-financiers-europeens.htm

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