Par //Norman Lucas//

Cette semaine, SKEMA Finance s’intéresse aux ventes d’obligations tout d’abord publiques mais aussi d’entreprises qui connaissent une forte demande sur les marchés financiers en ce début d’année 2019.  

Comment expliquer cet engouement des investisseurs pour les obligations ?

Tout d’abord grâce à des taux d’intérêts des deux principales banques centrales historiquement bas, ces taux d’intérêts déterminent indirectement les taux d’intérêts de tout type de prêt que ce soit des prêts bancaires ou des obligations. Du côté européen, la BCE ne compte pas remonter ses taux avant 2020, et les propos de Jerome Powell, président de la FED indiquent une possibilité de réduction des taux directeurs américains en cas de ralentissement de l’activité économique outre Atlantique.

En outre les flux d’épargne à l’échelle mondiale n’ont jamais été aussi élevés, le marché des obligations est soumis aux mêmes règles que les autres, il est régi par la loi de l’offre et la demande. Les offreurs (marché et grands groupes) sont certes nombreux mais la demande pour ce type de biens financiers est tellement élevée que les taux d’emprunts se retrouvent considérablement réduits. Les investisseurs sont en effet craintifs sur l’environnement géopolitique qui offre peu de perspectives à court ou à long terme, les bouleversements à répétition connus par l’intermédiaire du Brexit qui s’éternise et des tweets du président des Etats-Unis a instruit les investisseurs qu’aucun titre n’était à l’abris à court terme. Il y a une recherche d’actifs sûrs.

L’exemple parfait des actifs sûrs : ce sont les obligations d’Etats. Le jeudi 4 avril, la France a placé sur les marchés, par adjudication, pour 1,864 milliard d’euros d’obligations à 30 ans à un taux de 1,46 %, le plus faible pour une levée de dette à 30 ans par syndication. L’Agence Trésor France (AFT) qui doit lever plus de 200 milliards de fonds en obligations d’Etats cette année, profite de cette aubaine.

Les obligations d’Etat ne sont pas les seuls à profiter de cette situation, les obligations d’entreprise attirent également de nombreuses convoitises. Les entreprises peuvent ainsi en profiter pour se financer à bas coûts. Selon l’indice Bloomberg Barclays, le coût de financement moyen des groupes européens de bonne qualité (catégorie « investissement ») est tombé à 0,815 %, son plus bas niveau en 15 mois. Les grands groupes profitant de ce contexte favorable sont nombreux : Coca Cola a levé 3,5 milliards en février, Volkswagen a levé 2,75 milliards la semaine dernière. L’une des plus belles opportunités s’est révélée pour Sanofi, lors de son dernier emprunt, le groupe pharmaceutique a réussi à obtenir un taux légèrement négatif, -0,05 %, pour sa tranche à trois ans. Des taux qui font les affaires de tous les trésoriers et directeur financiers des grands groupes.

Une tendance annonciatrice d’une crise financière à venir ?

Malgré des rendements très faibles, il est fort probable que cette tendance d’achat d’obligations se prolonge sur l’ensemble de l’année 2019, les grands groupes et Etats feraient toutefois mieux d’en profiter pendant qu’ils le peuvent encore car le surplus d’épargne est un des signes qu’une crise financière est prête à éclater. En effet, l’épargne mondiale est allouée pour certains projets risqués à des taux beaucoup trop faibles, c’était déjà le cas lors des années qui précédaient la crise de 2008 avec des taux d’obligations européens (Grèce, le Portugal ou l’Italie) et des taux d’obligations très faibles pour les entreprises avec des projets très risqués (industrie pharmaceutique).

Souces :

https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/la-france-se-finance-a-30-ans-au-taux-le-plus-bas-de-son-histoire-1006770
https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/le-marche-des-obligations-dentreprise-en-pleine-ebullition-1006554

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