// Par Salomé ROBEIL //

De nombreux spécialistes ont tenté de synthétiser les comportements financiers afin d’établir des lois quant aux multiples irrégularités financières. Dernièrement, le développement de la neuroscience et de la neuro-imagerie a engendré la naissance de la neurofinance. Mais qu’est-ce que la neurofinance ? La neurofinance s’apparente à un croisement entre la finance et la neuroscience cognitive. Son objet principal est l’évaluation et la détermination des influences potentielles de différents facteurs cognitifs tels que la connaissance, la mémoire, le langage et l’attention sur la prise de décisions financières. Elle sert à la compréhension de la prise de décisions financières dans un contexte particulier d’accélération du temps, favorisé notamment par l’avènement des fintechs et algorithmes sur les marchés financiers.

A travers les époques, différentes approches se sont succédées. Les néoclassiques, tels que Eugène Fama, supposent une parfaite efficience des marchés financiers. Ainsi, l’« homoeconomicus », métaphore de l’opérateur financier purement rationnel pour les néoclassiques, mise spontanément sur les opportunités les plus avantageuses lui permettant de maximiser son profit personnel. Plus tard, la théorie néo-classique a été contredite par les théories comportementales keynésiennes et ses dérivées plus contemporaines qui supposent une irrationnalité des comportements financiers du fait de l’« animal spirit » que chacun possède en lui. En effet, instinctif et spontané, l’homme pratique des spéculations irrationnelles notamment à travers l’expression de comportements moutonniers, ceci expliquant l’avènement de krachs financiers et de bulles financières à l’instar de la bulle Internet en 2001.

La neurofinance, elle, démontre que les opérateurs financiers agissent de façon irrationnelle du fait de leur physiologie ou métabolisme. Deux zones du cerveau sont actives lors d’une prise de décision financière : l’insula antérieure et le striatium ventral, qui sont principalement associés à l’évaluation des risques et des récompenses. Autrement formulé, la sensibilité de chaque individu, face au risque et face à la perception de la récompense, influe grandement sur la gestion du risque. L’excitation de Jérôme Kerviel à l’idée du montant et de la performance qu’il avait réalisé a été la principale motivation de ses transactions démesurées. De plus, toute décision financière engendre l’activation de notre système émotionnel, fluctuant par nature et propre à chaque être humain. Les dérèglements financiers des marchés semblent donc relever tant de la complexité des systèmes nerveux que des systèmes émotionnels des opérateurs.

De ce fait, la neurofinance soulève de nombreuses problématiques. Il semblerait que certains individus disposent de prédispositions organiques au même titre que certains individus disposent d’avantages physiques pour la pratique d’un sport. Plus de 25 % de nos comportements vis-à-vis du risque sont liés à notre génétique. On sait désormais quele taux de testostérone facilite une plus grande prise de risque lors d’un placement financier, ou encore, qu’une personne disposant d’un système émotionnel plus facilement variable rencontrerait systématiquement un succès moindre (1). La part de la formation académique joue évidemment un rôle conséquent dans la gestion du risque financier. Mais de telles affirmations amènent naturellement à la reconsidération de valeurs telles que l’égalité face au domaine financier…

Sources :

(1) chiffres issus de : Lo Andrew, Dmitry V. Repin, and Brett N. Steenbarger. 2005. « Fear and Greed in Financial Markets: A Clinical Study of Day-Traders. » American Economic Review, 95 (2): 352-35

https://fr.wikipedia.org › wiki › Neuroéconomie

https://theconversation.com/neurofinance-quest-ce-qui-fait-un-bon-trader-70205

Manuel Économie aux concours des grandes écoles – 1ère et 2ème années – 2017

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