// Par Oleh KUSHKA //

Qu’est-ce que le forum de Davos ?

Le Forum économique mondial (FEM), World Economic Forum (WEF) en anglais, ou encore le forum de Davos, est une fondation à but non lucratif. Ce forum se déroulant chaque année réunit plusieurs acteurs : des chefs d’entreprises, des responsables politiques, des scientifiques, des journalistes, des représentants de la société civile et des militants climatiques. Cette année, du 21 au 25 janvier, les 3 000 participants venant de plus de 100 pays se sont réunis autour du thème suivant : « les Stakeholders pour un monde rassembleur et durable ». Six domaines principaux ont été ouverts au débat : l’Écologie, l’Économie, la Société, l’Industrie, la Technologie, la Géopolitique. Ces six domaines ont été abordés à travers les 400 sessions différentes pendant lesquelles les guides du forum ont essayé de donner un élan à un monde rassembleur et durable. 

L’objectif de ce forum est donc de surmonter les inégalités de revenus, la division de la société et la crise climatique. Entre outres, les organisateurs s’attendent à ce que les représentants du monde des affaires mettent le Business au service de la coopération avec les gouvernements et la société civile dans le but de traiter les défis de notre décennie. « Les Stakeholders doivent alors jouer ce rôle d’intermédiaire et de rassembleur », a déclaré Klaus Schwab, Fondateur et Président exécutif du Forum. 

Quelle est la position de la France ? 

Certaines entreprises françaises du Next 40 étaient présentes la semaine dernière à Davos. Invitées par le gouvernement, elles ont essayé de se faire connaitre hors des frontières françaises. La plupart d’entre elles travaillent dans des secteurs très spécialisés de services aux entreprises. 

En ce qui concerne le président Emmanuel Macron, il était absent à Davos et c’est Bruno le Maire qui a représenté les intérêts de la France. Entre raclette et piste bleue, il a même trouvé le temps de prendre un selfie avec la jeune Greta Thunberg. En revanche, son ton fut plus fermé en ce qui concerne la taxe Gafa. Cette taxe empoisonne certes les relations entre l’Europe et les États-Unis mais les dirigeants européens insistent sur la mise en place d’un impôt minimal sur ces sociétés. Cela montre bien que la France continue de défendre ses idées sur sa propre vision du capitalisme qu’elle juge légèrement en crise et veut justement lui donner plus d’équité avec cette taxe. Monsieur le Maire s’est inspiré du rapport d’Oxfam montrant la croissance linéaire des inégalités pour justifier le besoin d’un capitalisme plus juste. De plus, la France a tenté de rassurer les investisseurs étrangers sur l’état de la France, empêtrée dans la crise des gilets jaunes. Davos était donc l’opportunité pour le ministre français de communiquer les motivations de la France sur les défis futurs et notamment sur la question du climat dont l’élan a été initié lors de la COP 21 à Paris.   

Quel impact du forum de Davos sur la Finance ?

De grandes hypothèses ont été émises. Premièrement, des nombreuses interventions de la part de l’ONG Greenpeace ont démontré que des banques, des assureurs et des fonds de pension présents à Davos ont continué de financer plusieurs milliards de dollars dans les énergies fossiles qui contribuent à la crise climatique. Dans le rapport que cette ONG a présenté le 21 janvier dernier, elle pointe leurs investissements depuis leur signature de l’accord de Paris en décembre 2015. Greenpeace a dévoilé une liste de dix banques présentes au forum de Davos qui à elles seules, entre 2015 et 2018, ont investi plus 1 000 milliards de dollars dans le secteur des énergies fossiles : JP Morgan, Chase, Citi, Bank of America, RBC Royal Bank, Barclays, Mitsubishi UFG, TD Bank, ScotiaBank, Morgan Stanley.  Du côté des fonds de pension, certaines de ces banques détiennent plus de 26 milliards de dollars dans les compagnies pétrolières telles que Shell, Chevron ou encore Exxon finançant ainsi les énergies fossiles. Cette somme de 26 milliards de dollars est équivalente à l’introduction en bourse l’an dernier du géant pétrolier saoudien Aramco, la plus grande jamais réalisée.  

Mais encore plus forts furent les mots sur les impacts socio-économiques du changement climatique qui pourraient être multipliés par 20 d’ici 2050 provoquant même la prochaine crise financière. Le cabinet McKinsey nous invite à doubler l’effort contre le changement climatique. « Bien que l’impact direct du changement climatique soit local, il peut avoir des effets d’entraînement dans des régions et des secteurs, en raison des systèmes socio-économiques et financiers interconnectés », prédit McKinsey. « Alors que les entreprises et les communautés se sont adaptées pour réduire les risques climatiques, le rythme et l’ampleur de l’adaptation devront probablement augmenter considérablement pour gérer les niveaux croissants de risques climatiques physiques », soulignent les chercheurs.

La bonne nouvelle, c’est que les dirigeants et experts semblent avoir conscience de l’urgence climatique. Ceci est expliqué dans le rapport de Global Risks Report qui a montré que les 750 dirigeants d’entreprises et experts du monde entier ont classé cinq sujets environnementaux et climatiques en tête du classement des risques majeurs pour l’humanité. Cette inquiétude s’est davantage intensifiée lorsque, le 20 janvier, la Banque des règlements internationaux, a émis l’hypothèse selon laquelle les changements climatiques pourraient provoquer une crise financière mondiale. Une projection qu’elle n’est pas la seule à porter. Précédemment, en février 2019, l’Institute for publicy research (IPPR) avait supposé qu’une crise financière similaire à celle de 2008 pourrait avoir lieu à cause des changements climatiques. En effet, les interconnexions entre risques climatiques, sociaux et économiques, sont aujourd’hui sous-évaluées selon IPPR. « Les acteurs financiers cherchant le profit à court terme n’ont pas saisi ou ont ignoré les risques », cite Greenpeace. 

Quels sont les canaux de transmission de la crise climatique à la crise financière ?

En effet, Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre et directeur du Conseil de stabilité financière présente les trois types de risques climatiques dans la Lloyd’s London en septembre 2015. Il distingue alors : les risques physiques, les risques de responsabilité et les risques de transition. Selon lui, ces risques sont largement sous-estimés voire inconnus des mesures traditionnelles, et pourront bien mettre en péril la rentabilité de certains investissements. Étant donné qu’ils ne soient pas pris en compte, ils conduisent à des décisions d’investissements biaisés. Ainsi, il montre que la finance doit se préoccuper de la question climatique non seulement par souci collectif, mais aussi dans son propre intérêt. 

Mais au-delà de la finance, ces risques peu connus peuvent fragiliser le système financier et monétaire ce qui suppose que les banques centrales sont également concernées. Mais des premiers pas ont déjà été réalisés. En 2017, il y a eu la création du NGFS (Network for Greening the Financial System) qui se base sur une étroite collaboration des banques centrales et des superviseurs indépendants ou des experts. Le NGFS publie régulièrement des rapports et des études du changement climatique sur la stabilité financière. « Comprendre l’impact du changement climatique sur la macroéconomie et le système financier est une première étape nécessaire pour que les banques centrales et les superviseurs jugent de la pertinence du changement climatique dans leurs mandats. Ce rapport technique est une étape importante dans cette direction en identifiant les moyens de mieux quantifier et évaluer l’impact des risques liés au climat sur l’économie et la stabilité financière », a déclaré Sarah Breeden de la Banque d’Angleterre et présidente du groupe de travail du NGFS sur les enjeux macro-financiers. 

Que retenir de ce 50ème anniversaire du forum de Davos ?

  • Les États-Unis ont menacé l’Europe de douane sur les voitures en réponse de la taxe numérique française. 
  • Monsieur Trump qualifie les militants du climat de « prophètes de malheur » dans son discours et cela peu après l’intervention de Greta Thunberg.  
  • Greta Thunberg a mis en garde les dirigeants mondiaux et leur a conseillé d’écouter la science en ce qui concerne la question climatique.

Entre la menace liée à l’intelligence artificielle, le réchauffement climatique, la crise du commerce mondial… il semble que les participants du sommet de Davos ont bien compris quels sont les défis et quels sont les moyens nécessaires afin de se rapprocher au plus près des objectifs définis. Bien qu’il existe une certaine rivalité entre le monde du Business et les représentants de l’environnement, ces derniers ont été incités à passer du dialogue aux engagements réels par le forum de Davos. Mais qu’adviendra-t-il de ces engagements pris ? 

Sources:

https://www.capital.fr/entreprises-marches/ce-quil-faut-retenir-du-sommet-de-davos-1360551

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/donald-trump-et-le-climat-vedettes-de-davos-2020-20200120

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