// Par Salomé ROBEIL //

Depuis l’arrivée du président D.Trump aux Etats-Unis, les relations commerciales internationales ne cessent d’être bouleversées. La mise en place d’entraves au commerce empêche l’approfondissement des principes du libre-échange et de ses bienfaits. Aujourd’hui, la « guerre commerciale » sino-américaine représente la principale menace à laquelle pourrait se heurter notre système capitaliste. Le high-tech fait partie des secteurs victimes des relations tumultueuses entre la Chine et les Etats-Unis.

Montée du protectionnisme américain envers et contre tous.

Depuis la crise des Subprimes de 2008, les relations commerciales bilatérales restent les principales affectées par le renouveau protectionniste de la part des grandes puissances dominantes face à la montée d’acteurs émergents-concurrents (Chine, BRICS). Donald Trump contribue fortement à la renaissance de diverses barrières protectionnistes. En juin 2018, les Etats-Unis ont décidé de privilégier leur secteur industriel national ainsi que leur balance commerciale déficitaire de 18,8 % en décembre 2018 (621 milliards de dollars) en élevant la tarification aux frontières de l’aluminium (+10%) et de l’acier (+25%) des importations en provenance de l’Union européenne, du Mexique et du Canada. Au cours de cette même année, les Américains ont exporté pour moins de 120 milliards de dollars (107 milliards d’euros) vers la Chine alors que les importations chinoises, elles, ont atteint 540 milliards de dollars dont 130 milliards de téléviseurs, ordinateurs et autres smartphones. Outre une demande extérieure moins conséquente adressée aux entreprises nationales américaines, ce déséquilibre commercial menace également d’engendrer des fluctuations déstabilisatrices de la valeur du dollar. En effet, si les Etats-Unis importent plus, le dollar se dépréciera nécessairement en raison d’un achat supérieur de devises étrangères et inversement. De ce fait, les zones monétaires rattachées au dollar subiront aussi cette variation de valeur. La dégradation des relations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis au fil des années (augmentation générale des droits de douane, élévation des normes de productions et d’hygiènes, imposition de quotas) pèse donc lourdement sur le commerce international. Et le secteur du numérique est loin d’y échapper.

Le secteur de l’high-tech, dans le viseur des idées protectionnistes de Trump.

D.Trump continue de menacer les importations de matériel informatique et électronique des entreprises chinoises. La Chine concurrence désormais la puissance hégémonique des années post Guerre Froide des Etats-Unis, mais également le leadership de la Silicone Valley à travers le monde. Après avoir longuement adopté une stratégie de « vol d’oies sauvages » (théorie développée par Kaname Akamatsu en 1937 qui consiste en une remontée successive des chaînes de valeurs par imitation et étude de la technologie des importations étrangères), la Chine exprime explicitement sa volonté de dépasser ses concurrents directs en acquérant davantage de parts de marché. D’ailleurs, le plan « Made in China 2025 » de 2015 avait donné pour objectif à la Chine de détenir 80 % de son marché intérieur et 40 % du marché mondial des technologies numériques.

Une affaire récente fait polémique et fait présager de lourdes répercussions sur le système économique et financier mondial. Fin 2019, D.Trump a menacé d’embargo le géant des télécoms chinois Huawei pour cause une nouvelle bataille diplomatico-judiciaire entre Pékin et Washington. Les causes de cette menace sont multiples : soupçons d’espionnage technologique des américains envers l’entreprise chinoise sous les préconisations de la CIA, le FBI et la NSA , emprisonnement de Meng Wanzhou (directrice financière de Huawei)  en décembre 2018 au Canada pour le non-respect des sanctions américaines contre l’Iran, plainte de Huawei en avril 2019 pour atteinte illégitime aux principes du libéralisme et « manipulation politique » de l’image de l’entreprise chinoise par le gouvernement américain…  Face à cela, en mai 2019, Washington avait bloqué les ventes des équipementiers chinois Huawei et ZTE aux opérateurs américains. Le gouvernement américain souhaitait ainsi interdire la commercialisation des produits Huawei sur le territoire américain et rendre impossible l’utilisation, pour les équipements télécoms Huawei, de disposer d’applications phares proposées par les sociétés américaines dont Google. Bien entendu, l’argument politique camouflait maladroitement l’intention des américains de s’émanciper de cette matrice concurrentielle sino-américaine :  en écartant ces deux géants du numérique, les Etats-Unis prodiguaient un sérieux avantage à ses champions nationaux sur le marché de la 5G.  Cette mesure commerciale radicale a été adoucie par la suite afin d’éviter d’impacter négativement les différentes entreprises américaines dépendantes de la production de Huawei.

Une réorganisation nécessaire du système productif des entreprises du numérique à travers le monde.

Ce repli protectionniste des Etats-Unis impacte une pluralité d’acteurs : les géants américains et chinois, les sous-traitants et les fournisseurs. Les différentes mesures protectionnistes mises en place sont en train de générer une restructuration profonde des chaînes de production mondiales étant donné l’immensité de la DIPP (division internationale des processus productifs) des produits du numérique et de l’information. Exemple symbolique, l’Iphone américain, produit « made in world », est pensé, designé, assemblé, et vendu dans plus d’une dizaine de pays différents. Du fait de l’interconnectivité des activités productives des entreprises mondialisées, des innovations stratégiques s’avèrent être nécessaires pour conserver l’efficacité des chaînes de valeurs actuelles et contrecarrer les effets régressifs des politiques protectionnistes.

Au cours des dernières années, la mondialisation numérique a donc diminué sous impulsion de mesures protectionnistes majoritairement bilatérales et passagères mais semble avoir repris sa trajectoire ascendante suite à la prise de conscience des américains de l’interconnectivité des enjeux économiques.

Sources :

https://www.ouest-france.fr/economie/taxes-acier/aluminium-l-europe-prendra-toutes-les-mesures-necessaires-affirme-le-maire-5794566

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1156992/etats-unis-deficit-commercial-hausse 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/01/05/dans-le-high-tech-la-demondialisation-est-lancee_6024849_3234.html

https://www.europe1.fr/technologies/affaire-huawei-que-se-passe-t-il-entre-la-chine-et-les-etats-unis-3847583

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