// Par Bouzeboudja Ghania //

Si la crise des Subprimes a laissé un impact indélébile dans les esprits et dans les livres d’économies, nombre de mesures ont été prises à sa suite pour éviter que ce sombre chapitre ne se répète. Néanmoins, au vu des nombreuses similitudes entre la bulle immobilière de 2008 et la grandissante bulle des « students loans » américaine il est à craindre que l’expérience ne se réitère si aucune mesure n’est prise.

Petit rappel 

Ce terme doit bien évidemment parler à nombre d’entre vous, mais une piqure de rappel s’impose. Les prêts étudiants, ou « student loans », sont des prêts bancaires en théorie censés financer des études supérieures et qui se caractérisent principalement par des taux d’intérêt très bas et un remboursement différé débutant généralement à l’entrée de l’étudiant sur le marché du travail. Ce phénomène principalement développé aux États-Unis et au Royaume-Uni à l’origine, s’est démocratisé dans le monde entier ces dernières années pour faire face à une concurrence accrue sur le marché du travail qui engendre inévitablement un besoin de se distinguer par un diplôme qui coûte toujours plus cher. Loin de permettre à tous de manière égale un accès à ce type d’éducation payante, les prêts étudiants ont donné avec les années naissance à une bulle monstrueuse où la solvabilité des emprunteurs faits de plus en plus défaut. En effet, dans un contexte économique pourtant relativement favorable, la hausse des frais de scolarité, les taux d’intérêt qui augmentent constamment et la concurrence accrue sur le marché du travail, rendent difficile le remboursement des prêts et la couverture des intérêts ce qui n’est pas sans rappeler 2008.

Le danger des défauts de paiements

Depuis 1929, les crises financières d’envergures mondiales sont nées et ont grandi sur le sol américain. Or il apparaît que le phénomène des « students loans » est l’une des plus grandes menaces actuelles sur ce marché, c’est d’ailleurs ce que défend Bernie Sanders dans sa campagne de 2020 pour les primaires démocrates puisque l’homme politique, face à l’énormité de la dette, proposait d’annuler purement et simplement, toutes les dettes étudiantes. On estime actuellement que les prêts étudiants représentent plus de 1500 milliards de dollars de dettes. Ces prêts représentent en outre 11% de l’endettement des ménages selon la FED, contre seulement 3% en 2003, la hausse de la part de ces prêts dans l’endettement moyen des Américains est tout bonnement fulgurante. En effet, il s’agit du second poste de crédit après l’immobilier et il est aussi élevé car les prêts étudiants sont financés par l’État à hauteur de 85% aux États-Unis, ce qui explique pourquoi les banques accordent avec tant de facilité des crédits dont les montant avoisinent parfois le prix d’une maison (plus de 300 000 dollars pour des études à Harvard).

 Le Think Tank, Urban Institute avait évalué les défauts de remboursement comme augmentant de près d’un million chaque année en 2018 et estimait qu’en 2020, c’est 1/3 des emprunteurs qui ne pourraient plus rembourser, or cette prédiction semble se réaliser puisque sur les 44 millions d’étudiants ayant souscrit un emprunt pour financer leurs  études, 13% semblent dans l’incapacité de l’honorer. L’insolvabilité des étudiants, qui pourtant se sont vu accorder de prêts importants, et qui sont aujourd’hui dans l’incapacité de les rembourser n’est pas sans rappeler la situation de 2007. Cette situation est d’autant plus dramatique que c’est le gouvernement qui se retrouve ici endetté, ce qui pourrait à terme menacer l’économie américaine dans son intégralité. Mais la menace ne provient pas uniquement du marché bancaire, puisque le marché financier s’en est mêlé également.

Et la bourse dans tout ca ?

Évidemment, il ne suffit pas de rappeler les similitudes entre les prêts immobiliers et les prêts étudiants sur le marché bancaire, mais si c’est bien là que le problème est né, il a rapidement était transféré sur les marchés financiers, nourrissant une bulle dont l’explosion est à l’origine de ce que l’on appelle communément aujourd’hui « crise des subprimes ».             Et hasard malheureux ou gout du risque trop prononcé, le même phénomène semble se produire actuellement toujours au travers de la titrisation des prêts. La titrisation c’est le phénomène par lequel on transforme des actifs financiers, souvent risqués comme les créances, en les regroupant au sein d’un portefeuille de titre qui sera cédé à une entité ad hoc chargée d’émettre des titres pour attirer les investisseurs. Dans le cas des prêts étudiants, pour diversifier le risque, cette titrisation a engendré des produits dits « structurés » renommés SLABS ( Student Loans Asset-Backed Securities) qui sont donc des titres boursiers que les investisseurs peuvent racheter, les plus risqués étant évidemment les plus rentables, et qui offrent des coupons de paiement planifiés.  Ce phénomène est identique à celui des RMBS (Residential Mortgage-Backed Securities) qui concernait la titrisation des prêts immobiliers de 2008.

Le mot de la fin…

Au vu de toutes ces similitudes, il est plus que logique de percevoir dans ce phénomène des « students loans » une possible rémission de la crise de 2008. Néanmoins, si l’on veut réfléchir en bon financier, ce risque gigantesque est également une opportunité intéressante et possiblement à exploiter. Et cela d’autant plus que dans le cadre des prêts étudiants, l’ÉTAT offre une garantie supplémentaire.

Alors, envie de jouer les traders sur ces titres ?

Sources :

https://www.lesechos.fr/2017/07/dette-etudiante-la-bulle-qui-gonfle-au-royaume-uni-175389

https://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/prets-etudiants-un-boulet-de-1500-milliards-de-dollars-aux-etats-unis-137453

https://www.natlawreview.com/article/rmbs-to-slabs-history-repeating-itself

https://www.investopedia.com/articles/investing/081815/student-loan-assetbacked-securities-safe-or-subprime.asp

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