// Par Oleh KUSHKA //

Avant de commencer cet articlé dédié aux faits ayant marqué la finance et l’économie cette dernière décennie, revenons à l’origine de la finance et la création des places boursières.

Quelles sont les origines des places boursières ?

On considère le XIXème siècle comme le siècle de la finance moderne, cependant les prémisses de la finance commencent au XIIème siècle. Les documents officiels qui se sont préservé depuis plusieurs centaines d’année nous montrent que c’est en 1250 à Toulouse que la première société par action a été créée. La société des moulins de Bazacle a été la première entreprise aux actions qui pouvaient s’échanger, elle possédait 60 moulins flottants qui naviguaient sur la Garonne et notamment sur la chaussée du Bazacle (dont elle prend son nom) assurant ainsi les flux commerciaux. Chaque associé étant en possession d’un papier notarié percevait des bénéfices en nature : la farine. A noter que les rendements étaient très fluctuants et surtout à la hausse de l’ordre de 10-25% par an. Les titres étaient donc échangeables sur un marché libre et chaque année se tenait une assemblée générale afin de superviser les comptes de la société. La société a existé jusqu’à 1946 avant d’être rachetée par EDF. Mais d’autres villes et société peuvent également être prises en compte dans l’histoire des bourses de valeurs. 

D’après l’historien Fernand Braudel, figurant parmi les cinq meilleurs historiens des dernières 60 années selon le magazine History Today en 2011, qualifie le quartier de Rialto de Venise comme une première vraie place de bourse de valeurs. Comme la société française, la ville de Venise était à son tour elle aussi réputée pour le commerce maritime regroupant plus de 600 navires naviguant sur la mer Méditerranée. 

Plus au nord de l’Europe, à Amsterdam, la première multinationale fera son apparition en dans les années 80 du XVIème siècle. En effet, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales exerçant la même activité que les sociétés citées ci-dessus, constituait un capital de plus de 6,5 millions de florins soit 64 tonnes d’or. Elle détenait des branches à travers tout le monde en partant de l’Europe passant par le Brésil et se terminant par l’Asie (Japon principalment). En ce qui concerne les Etats et la ville de New York mondialement reconnue comme une des capitales boursières aujourd’hui, s’affirme seulement fin XIXème sicèle lorsque Charles Dow et Eddie Jones font le pari sur la croissance démographique des Etats Unis qui fera envoler le cours de la « Tennessee Coal and Iron », qui contrôle plus de 60% de l’acier américain indispensable à la construction de tout grand projet. Grace à l’introduction en bourse des géants industriels américains, les échanges à New York s’élèvent à un montant de 265 millions de dollars en 1901 contre 57 en 1896. 

Le XXème siècle : de la belle époque de la Place de Paris au Krach de 29, mais aussi la Bulle japonaise

Pour la bourse de Paris, la belle époque intervient sur la période 1850-1914. La Place de Paris regroupant environ trois-quarts de l’épargne française à ce moment-là, était en bonne partie investie en dehors du pays. Le rayonnement international de Paris a été assuré par plus 3 000 salariés des agences de change ainsi que des prestigieux coulissiers (courtiers en bourse) qui ont développé la plupart des grandes banques françaises d’aujourd’hui.

Quelques décennies plus tard, aura lieu le célèbre « jeudi noir » du 24 octobre 1929 qui entamera le pire krach boursier de l’histoire avec l’effondrement de New York Stock Exchange. Cela provoquera une crise systémique précipitant les Utats Unis dans la Grande Depression. On considère ces événements comme la crise économique la plus grave jamais produite. 

La période 1986-1990 entrera à jamais dans l’histoire moderne japonaise sous le nom de « baburu keiki (bulle économique) » ou encore « la décennie perdue ».  Il s’agit d’une bulle spéculative survenue suite à un rapide retirement des capitaux japonais en provenance des Etats Unis suite aux accords de Plaza (1985) mettant à terme la forte expansion économique japonaise (l’origine de la bulle spéculative). En effet, un très fort écart des valeurs boursières et des prix réels s’est formé à la fin de 1989, surtout pour les valeurs immobilières et un retour en arrière n’était plus possible. Tout s’effondre lorsque le dollar américain subit une dépréciation brutale et le Japon se retrouve avec une énorme masse de dollars dévalués détruisant ainsi l’épargne japonaise principalement placée dans l’immobilier. C’est ainsi que la crise financière et immobilière a fortement affaibli le Japon pendant deux décennies. 

Tel fut le passé des places de valeurs. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Le XXIème siècle et ses « pommes pourries »

La crise des Subprimes de 2008 dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui semble avoir été moins grave que celle du jeudi noir car nous avons retenu les erreurs faites dans les jours suivant la crise de 29 car les Institutions Monétaires et Financière ont de suite mis en place des politiques d’ajustements structurels diminuant les effets de crise sur l’économie réelle.

 Il est difficile de retracer ce qui s’est passé en détail, mais ce qui est clair c’est qu’entre les prêts immobiliers, les ménages américains, les titres hypothécaires, le taux variable, les produits dérivés, les assurances, les Etas Unis, le Président Obama, le FMI, l’Europe… tout le monde est perdant dans l’histoire peu importe les coupables et les problèmes structurels de la finance.  

Que retenir de la décennie passée ?

  • 2010 : le flash crash 

En mai, les marchés boursiers américains ont connu une chute sans précédent qui a fait baisser le Dow Jones de 998,5 points en quelques minutes. Mais le marché s’est redressé peu après et a clôturé en baisse de seulement 3%. La chute a été exacerbée par les transactions algorithmiques et à haute fréquence, alors que les machines réagissaient aux baisses initiales et que les ventes faisaient boule de neige. Lorsque le rapport réglementaire officiel a été publié en septembre, on a déterminé que la cause était un ordre de vente de 4,1 milliards de dollars par un fonds commun de placement.

Cette année, il y avait également la crise de la dette européenne qui a fini par toucher le Portugal, l’Irlande, l’Italie, la Grèce et l’Espagne, l’explosion d’une plateforme pétrolière de BP dans le Golfe du Mexique, l’introduction en bourse de Tesla Inc et l’annonce du QE2 (Quantitative Easing) par la Réserve fédérale. 

  • 2011 : le mouvement Occupy Wall Street

Les chants de « Nous sommes les 99% » ont résonné à Wall Street en septembre, alors que la colère suscitée par l’impact de la crise financière et l’inégalité croissante des revenus se transformait en mouvement social. Les manifestants d’Occupy Wall Street se sont réfugiés dans le Zuccotti Park où ils sont restés pendant près de deux mois avant d’être expulsés.

La manifestation était organisée par le groupe anti-consommation Adbusters.

Cette année également il y a eu la catastrophe nucléaire de Fukushima, les différentes révolutions du « printemps arabe » et le décès du co-fondateur d’Apple, Steve Jobs.

  • 2012 : Draghi promet « tout ce qui est nécessaire »

La zone euro étant confrontée à la crise de dettes publiques, Monsieur Draghi, le président de la BCE, prend les choses en mains. Dans un discours prononcé à Londres en juillet, il s’est engagé à utiliser tous les moyens nécessaires pour sauver l’euro.

« Dans le cadre de notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro », a-t-il déclaré. « Et croyez-moi, ce sera suffisant. »

L’UE est toujours dans une politique de taux d’intérêt négatifs. 

Les autres grandes actualités de cette année ont été la confirmation par la Cour Suprême d’Obamacare, le scandale Libor et l’entrée en bourse de Facebook Inc. 

  • 2013 : Crash de l’or

Après 12 années consécutives de gains, une chute de l’or que beaucoup prédisaient depuis un certain temps s’est finalement matérialisée. Le prix de l’once (environ 28 grammes) d’« aurum » a chuté de plus de 25%, passant de 1 660$ à environ 1 200$. 

Cette année encore, Twitter Inc a suivi Facebook sur les marchés publics, Edward Snowden a publié des documents secrets de la NSA et le Bitcoin a commencé à vraiment gagner du terrain.

  • 2014 – Introduction en bourse d’Alibaba

Le géant chinois du commerce électronique Alibaba a cimenté sa place dans l’histoire du marché en septembre, lorsqu’il est devenu la plus grosse IPO (Initial Public Offering)

de l’histoire. En tenant compte de la surallocation, ou option de la chaussure verte, la société a levé 25 milliards de dollars lors de son entrée à la Bourse de New York.

Les actions ont été cotées à 68$ l’action et ont connu une forte hausse le jour de l’ouverture, pour clôturer à près de 94$. Le record d’introduction en bourse de la société a finalement été dépassé cette année lorsque Saudi Aramco la société pétrolière d’État saoudiennes, a fait son entrée en bourse.

Cette année encore, les prix du pétrole ont été touchés par le début du boom de la fracturation, la Russie a envahi la péninsule de Crimée appartenant à l’Ukraine, la Bank of America Corp a payé près de 17 milliards de dollars pour régler les accusations de fraude qui ont mené à la crise des subprimes.

  • 2015 – Éclatement de la bulle boursière en Chine

Le graphique du Shanghai Index en 2015 a de quoi faire peur aux plus aguerris des traders.

Après une énorme et rapide montée, les actions en Chine ont chuté tout aussi rapidement. La raison en est simple : les valorisations avaient dépassé les performances des entreprises. Le marché chinois, qui est dominé par les investisseurs particuliers, avait fait monter les prix avec de l’argent emprunté (avec beaucoup d’encouragement de l’Etat).

Parmi les autres nouvelles, citons le début du programme d’achat d’obligations de la BCE.

  • 2016 – Trump élu président

L’influence de la victoire de Monsieur Trump sur les marchés n’a pas été immédiate mais il faut avouer qu’ultérieurement les marchés financiers ont connu de grandes évolutions surtout à court terme.  

Des mesures agréables pour le marché ont été promulguées, comme la déréglementation. Il y a eu des choses inattendues, mais aussi favorables au marché, comme les dénigrements constants de la Fed et les demandes de baisse des taux. Et il y a eu des événements dont l’impact n’a pas encore été totalement mesuré, comme la guerre commerciale avec la Chine.

Parmi les autres événements de cette année-là, on peut citer le Brexit et la publication scandaleuse des Panama Papers faisant tomber plusieurs schémas de blanchiment d’argent et de corruption à haut niveau. 

  • 2017 – Le record historique du Bitcoin

Les crypto-monnaies étaient déjà sur le radar du marché avant 2017, mais le rallye du Bitcoin de 2017 les a fait entrer dans la conscience globale quotidienne en tant que véhicules d’investissement et pas seulement en tant que paiement de choix pour le dark web.

Au début de l’année, le Bitcoin n’avait encore jamais dépassé 1 000$. Il n’a pas perdu de temps pour franchir cette étape et atteindre son record de près de 20 000$. Il s’agit d’un gain de plus de 2,100%. Il a clôturé l’année 2017 autour de 14 500$.

Parmi les autres faits saillants, mentionnons la réduction d’impôt de Trump, la série de hausses de taux de la Fed ainsi que la forte montée du nationalisme en Europe. 

  • 2018 – Un quatrième trimestre catastrophique

La chute brutale de la bourse américaine au quatrième trimestre 2018 : le Dow Jones « Industrial Average » a chuté de 11,8%, le S&P 500 de près de 14% et le Nasdaq de 17,5%. Si l’on tient compte de l’effroyable chute de 653 points du Dow Jones à la veille de Noël, il s’agit du pire trimestre depuis le crash de 2008.

Les causes sont multiples. Le prix du pétrole a chuté de plus d’un tiers, ce qui a mis à mal les titres énergétiques. Les actions technologiques ont été malmenées, notamment par la baisse de 30% d’Apple après que sa capitalisation boursière ait dépassé 1 billion de dollars pendant l’été. Le problème a été la chute des ventes de son produit-phare, l’iPhone, en raison des soupçons d’espionnage et du scandale avec « Huawei ». 

Beaucoup de préoccupations internationales : la lutte commerciale entre les États-Unis et la Chine, les négociations du Brexit qui font rage au Royaume-Uni et en Europe et la crise syrienne.  

Dans d’autres événements cette année-là, les crypto-monnaies se sont effondrées, la crise de l’ALENA, l’affaire Ghosn ainsi que le « bear market » des GAFAM. 

  • 2019 – Les actions de cannabis dégringolent

L’optimisme qui s’accompagne de promesses incroyables s’est heurté au mur de la réalité et des réglementations dans le secteur du cannabis en 2019.

En tant que premier pays du G7 à légaliser l’herbe vers la fin de 2018, les compagnies canadiennes de cannabis ont fait la course jusqu’en 2019 en embrassant le nouveau marché mondial audacieux et en plein essor. Mais avec cette avance est venue la tâche colossale d’augmenter la production, de mettre en place des partenariats internationaux et des stratégies d’expansion mondiale tout en essayant de naviguer sur des obstacles réglementaires qui n’étaient pas entièrement définis. Le résultat a été que les titres de cannabis ont atteint de nouveaux sommets, puis ont régulièrement diminué, entraînant des baisses de 40 à 80%.

Aux États-Unis, l’adoption de la Farm Bill fédérale fin décembre 2018 a donné aux marchés du cannabis un début d’année optimiste et a permis de débrider l’optimisme selon lequel la légalisation nationale de la marijuana est passée du « si » à une simple fonction de « quand ». Mais alors que l’année 2019 touche à sa fin, la chronologie n’est toujours pas claire. Certains États ont cependant continué à adhérer au mouvement.

Cette année également, il y a eu le début de la procédure d’« impeachment » du Président Trump, les États-Unis ont continué à enregistrer des chiffres bas records de chômage, les protestations ont englouti Hong Kong et les premières victimes du COVID-19.

Bien que le système financier international soit solide et « vacciné » contre les crises imprévisibles, les humains ne le sont pas. Restons chez nous. 

Je vous invite à lire l’article « Covid-19 : nous sommes en guerre » pour plus d’informations concernant les conséquences du COVID-19 sur l’économie Française. 

Sources :

https://lepetitjournal.com/societe/20-moments-marquants-de-la-decennie-2010-271136
https://www.persee.fr/doc/ecofi_0987-3368_2010_num_100_4_5820
https://fr.investing.com/news/economy/top-10-des-evenements-economiques-et-financiers-marquants-de-la-decennie-1930577
https://www.lafinancepourtous.com/2019/12/31/10-evenements-economiques-qui-ont-marque-lannee-2019/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_des_bourses_de_valeurs

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