Les banques de détail traditionnelles sont-elles vouées à mourir ?

Hippolyte Leprelle

En septembre dernier, le groupe HSBC avait entamé des négociations afin de céder sa banque de détail française pour un euro symbolique à un fonds américain. Bien que les négociations se soient légèrement enlisées depuis, les 270 agences françaises devraient bien être bradées d’ici peu. Les grandes banques semblent ainsi de plus en plus considérer leurs activités traditionnelles comme un fardeau. Nombreuses sont les suppressions d’agences, de postes et de services qui surviennent chaque mois en France. Aucune région n’est épargnée, aucune agence ne peut résister à une centralisation régionale. 

Pourquoi la banque de détail nintéresse plus les grands groupes ?

L’effet conjoncturel est bien sûr à prendre en compte mais à relativiser car c’est surtout la concurrence des banques dématérialisées qui leur fait perdre un bon nombre de clients parfois historiquement fidélisés. Les banques en ligne profitent d’abord de charges beaucoup plus faibles, en remplaçant l’agence par une plateforme 100% en ligne et en divisant grandement leur nombre de conseillers mais elles sont surtout très compétitives. Celles-ci proposent à présent les mêmes services de base pour un coût beaucoup plus faible. Il faut compter en moyenne 23,41€ par an pour posséder un compte chez Boursorama contre 100 à 250€ en agence traditionnelle. On peut aussi prendre en compte la complexité des horaires et de la localisation pour certains clients habitant à la campagne par exemple.

Comment réinventer la banque de détail ?

Il paraît peu probable que tous les groupes tels que HSBC cèdent leurs activités commerciales au premier venu. L’acquisition des parts de HSBC par le fonds Cerberus bien qu’à l’euro symbolique, comprend en fait une restructuration obligatoire. De plus, les banques françaises perdraient gros à se séparer de leurs millions de clients au profit d’une seule banque d’investissement. Les suppressions d’agences sont parfois inévitables pour faire face aux difficultés financières mais les agences de détail traditionnelles doivent continuer d’exister. 

 

Elles doivent en effet trouver la meilleure combinaison entre banque en ligne et banque physique, tout en assumant les coûts liés aux taux sensiblement bas de ces dernières années. Pour ce faire, la fusion-acquisition semble être le meilleur moyen d’élargir son portefeuille de clients et ainsi de redonner confiance aux investisseurs. La Société Générale semble avoir pris conscience de la nécessité d’élargir son portefeuille. Une fusion historique entre ses agences et celles du Crédit du Nord aura ainsi lieu en 2024. Cela va dans le sens d’une réduction des coûts d’opération pour la banque et permet ainsi de ne pas faire payer les clients pour des opérations quotidiennes à l’image des banques en ligne. Bien que ce projet prévoie environ 600 fermetures d’agences, le réseau en comptera toujours 1500 et restera présent dans les villes où l’une des deux banques est déjà installée.

Réparer les erreurs commises ces dernières années

La plupart des banques traditionnelles ont tenté une migration trop brusque vers les plateformes numériques. Il persiste alors un conflit de générations qui a freiné cette mutation. Si certaines tranches d’âge peuvent aisément se tourner vers des banques digitales proposant des offres très attractives, ce n’est pas le cas de toutes les générations. Les jeunes actifs peuvent trouver très intéressant de disposer d’une banque sur leur smartphone pour un prix imbattable mais ce service perd en intérêt lorsqu’il s’agit de gestion d’épargne. 

Seule une banque en ligne, Hello Bank, est en mesure de proposer un Livret d’Épargne Populaire (LEP) et cette dernière ainsi que Monabanq sont les seules à proposer le fameux Livret Jeune. Pour les personnes les plus âgées, au taux d’épargne plus élevé, il reste préférable de disposer d’un conseiller physique car la fracture numérique ne doit pas les pénaliser. Cela pourrait nourrir de l’insatisfaction et donc de la thésaurisation, épargne qui dort sur un compte courant et ne rapporte rien ni au client ni à la banque, qui représente un réel danger pour la banque d’investissement. On estimait d’ailleurs à 390 milliards d’euros, l’argent des Français dormant sur des comptes courants au premier trimestre 2018 et rien ne semble contredire la persistance de ce phénomène pour cette année 2021.

Sources :

https://www.bfmtv.com/economie/la-banque-de-detail-d-hsbc-france-bradee-pour-un-euro-symbolique_ AN-202009290026.html

https://www.moneyvox.fr/banque-en-ligne/actualites/81089/5-raisons-en-faire-votre-compte-principal – https://www.journaldeleconomie.fr/La-Societe-Generale-veut-creer-une-nouvelle-banque-avec-le- Credit-du-Nord_a9211.html

Age, revenu et comportements d’épargne des ménages : une analyse théorique et empirique sur la période 1978-2006, Céline Antonin

https://www.moneyvox.fr/banque/actualites/82309/fusion-societe-generale-credit-du-nord-quelles-consequences-pour-les-clients

https://www.francetvinfo.fr/economie/votre-argent/livret-a/banque-l-argent-dormant-des-francais-sur-leurs-comptes-courants_3115523.html

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