Les “FinCEN files” : naïveté ou négligence des grandes banques face au crime ?

Anonyme

Le 20 septembre 2020, après avoir analysé plus de 2100 documents transmis par les banques commerciales du monde entier à propos de clients potentiellement frauduleux à l’organisme américain chargé de surveiller les transactions financières, Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN), le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Buzzfeed et 108 médias internationaux ont pu démontrer l’existence d’un large réseau liant criminels et banques de second rang malgré des règles gouvernementales strictes.

Des activités frauduleuses, criminelles et terroristes passées à l’oubliette

D’après les rapports d’activités suspectes (SAR) émis par les plus prestigieux établissements bancaires du monde auprès de la FinCEN, ce serait plus de 2000 milliards de dollars entre 1999 et 2017 qui auraient transité sur les comptes bancaires de ces mêmes banques.

Ces fonds proviennent d’activités illégales (terrorisme, trafic de drogue, d’œuvres d’art, fraude fiscale, etc.) et transitent ensuite entre les banques à travers des comptes bancaires d’individus inconnus. HSBC, JPMorgan, Citibank, Arab Bank ressortent vainqueurs de cette insouciance bancaire en laissant faire et en ne cherchant pas à lever le voile sur l’identité de leurs clients pourtant suspects.

Dans ce sens, HSBC avait reconnu avoir blanchi un peu moins d’un milliard de dollars en 2012 pour le compte de cartels d’Amérique du Sud pour continuer dès 2013 alors qu’elle était sous une probation de cinq ans comme l’avait convenu la justice américaine.

Les failles d’un système de régulation mises en lumière

Cette fuite de document montre que seule une infime partie du blanchiment d’argent – l’action de faire introduire de l’argent sale dans le système économique – (1% selon les Nations Unies) est repérée efficacement par les autorités. Les banques sont tenues pourtant de connaitre leurs clients, sans cette information cruciale elles devraient refuser l’accès à un compte bancaire.

C’est pourtant l’inverse qui se produit dans plus de la moitié des 2100 SAR analysés par l’ICIJ. Dans le cas des sociétés offshore, les banques doivent connaitre l’identité du propriétaire ce qui n’est pas souvent le cas car elles se contentent de simples recherches Google sans enquête approfondie.

En plus d’une faible recherche quant à l’identité réelle de leurs clients, les banques respectent scrupuleusement le secret bancaire même lorsque celui-ci porte sur des clients à risque.

L’investigation sur la Société Générale et ses filiales réalisée par France Inter est un exemple parmi d’autres de cette occultation bancaire, ici la filiale américaine de la Société Générale questionnait leurs collègues monégasques et suisses par rapport à une transaction réalisée par une société offshore pour un montant de 200 000€ vers la Société Générale suisse puis d’un compte bancaire domicilié chez Société Générale Monaco vers la Société Générale Suisse pour un montant de 300 000€.

Les deux filiales européennes invoquent alors toutes les deux les lois et les règles sur le secret bancaire afin de protéger, d’après les informations contenues dans les « Panama Papers », un homme politique proche de la mafia ukrainienne.

Un système bancaire impossible à réguler efficacement ?

Après avoir étudié les « FinCEN Files », plusieurs constats viennent appuyer le fait que les plus puissantes banques mondiales ne respectent pas le cadre réglementaire légal imposé par les autorités nationales et internationales spécialisées dans la lutte contre le blanchiment d’argent.

Les banques ne se plient pas à la stricte vérification de l’identité de leurs clients et de surcroit elles ne veillent pas à refuser toute transaction faisant l’objet d’une suspicion.

Le risque encouru par ces banques réalisant des milliards de bénéfices chaque année est également un facteur important dans cette lutte inefficace contre le blanchiment d’argent : les amendes qui leur sont imposées sont ridiculement minimes comparées aux profits que cette activité leur rapporte.

Ce nouveau scandale bancaire ramène sur le devant de la scène l’impossible contrôle des banques et leur avidité sans limites (même légales) pour le profit. De surcroit, le système régulatoire semble passif et impuissant face au pouvoir des grandes institutions bancaires.

Sources :

https://www.buzzfeednews.com/article/jasonleopold/fincen-files-financial-scandal-criminal-networks

https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/Studies/Illicit_financial_flows_2011_web.pdf#page=121

https://www.franceinter.fr/justice/fincen-files-quand-les-grandes-banques-mondiales-font-semblant-de-lutter-contre-le-blanchiment

FinCEN Files

https://www.bbc.com/news/uk-54226107

https://www.dw.com/en/fincen-files-the-art-of-evading-sanctions/a-55040214

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