Les fonds de gestion alternatifs

Tanguy Thivet
Tanguy Thivet

En janvier dernier, un groupe de fonds d’investissement attaquait l’action de GameStop, en faisant du short selling (vente d’actifs que l’on ne détient pas encore). Après un bras de fer de quelques jours, ils sont obligés de jeter l’éponge face à la résistance de la société.

Deux mois plus tard, les fonds de gestion alternatifs sont de nouveau sur le devant de la scène après qu’Achegos Capital Management ait fait trembler Wall Street. En effet, grâce à un effet de levier, ce Familly Office a pu investir 40 milliards dollars dans une dizaine d’entreprises, soit quatre fois plus que les fonds dont elle disposait. Ces investissements, réalisés à travers des produits dérivés, étaient totalement opaques. Pourtant, après la chute brutale du cours des actions de l’une de ces entreprises, les positions d’Achegos se sont révélées, entraînant le retrait précipité des banques qui avaient prêtées à Achegos. Ce retrait a provoqué des pertes importantes pour les banques : Nomura, première banque d’investissement japonaise, a reconnu avoir perdu 2 milliards de dollars, le Crédit Suisse affirmait que ses pertes pourraient atteindre entre 3 et 5 milliards de dollars, quand d’autres acteurs fortement impactés, notamment Goldman Sachs, Morgan Stanley ou encore Deutsche Bank, ont refusé de réagir.

Mais alors, comment fonctionnent les fonds de gestion alternatifs ? Pourquoi sont-ils aussi souvent l’objet de critiques ?

Présentation générale d’un fond de gestion alternatif :

Les fonds de gestion alternatifs (aussi appelés hedge fund ou encore fonds spéculatifs) sont des fonds qui regroupent l’argent de clients et qui recourent à des méthodes non traditionnelles pour obtenir des rendements supérieurs à ceux du marché (notamment ceux calculés par Standard & Poor’s 500).

La plupart des Etats imposent des garanties solides pour pouvoir investir dans des fonds de gestion alternatifs : aux Etats-Unis, il faut disposer d’un patrimoine supérieur à un million de dollars et d’un revenu annuel supérieur à 200 000 $. De fait, ces investisseurs sont soit institutionnels (fonds de pension, entreprises, banques, …), soit des grandes fortunes.

Les fonds de gestion alternatifs profitent d’une législation peu contraignante les concernant, ce qui leur permet de développer des stratégies bien plus variées que les fonds traditionnels. Ils sont ainsi présents sur quasiment tous les marchés (actions, obligations, devises, matières premières, immobilier, entreprises non cotées, marché des œuvres d’art).

La manière dont fonctionnent les fonds de gestion alternatifs :

Les fonds de gestion alternatifs (ou hedge funds en anglais, du verbe to hedge : protéger) étaient initialement destinés à se protéger en pariant sur la hausse du prix d’un produit d’un côté et de se prémunir contre sa baisse de l’autre. De fait, à la différence des fonds classiques, les fonds de gestion alternatifs décorrèlent leur résultat de l’évolution générale de la bourse en ayant les capacités de prendre position sur la baisse de valeur de certains actifs.

Pour obtenir des rendements élevés, les fonds de gestion alternatifs adoptent plusieurs stratégies, dont :

  • Le long-Short equity qui consiste à tirer profit des anomalies de marché en misant sur un rétablissement des cours normaux. Il s’agira, par exemple, de prendre des positions vendeuses sur des titres considérés comme surévalués (et inversement avec des titres sous-évalués) ;
  • L’arbitrage de taux tire profit des différences de taux entre deux places financières différentes. Ainsi, en prenant des positions simultanées et de sens contraires sur deux places financières, le fond profite de l’écart des prix entre les deux ;
  • L’event-driven consiste à anticiper les évolutions anormales du marché (notamment après des annonces de fusions-acquisitions ou de quasi-faillites) en achetant des titres sous-cotés, dans l’espoir de les revendre avec profit lors du retour à la normalité ;
  • La vente à découvert (ou short selling) qui consiste à vendre un actif que le fond ne détient pas encore dans l’espoir de pouvoir le racheter, plus tard, moins cher que le prix auquel il l’a vendu ;
  • La spéculation sur les produits dérivés, qui sont des produits dont le règlement s’effectue à une date ultérieure à celle de l’achat. Ainsi, les deux parties s’accordent sur le prix d’un actif pour une période donnée. Ces produits dérivés permettent de faire de la couverture ou de la spéculation.

Les fonds de gestion alternatifs font généralement appel à l’effet de levier pour augmenter leur capacité d’investissement sans accroître leur capital. L’effet de levier peut s’appuyer sur de l’endettement, de l’achat d’actifs à long terme ou sur des produits dérivés. Cette méthode permet d’augmenter la rentabilité interne des capitaux propres mais nécessite un seuil de rentabilité minimal pour rembourser les intérêts de l’emprunt.

Les critiques récurrentes des fonds de gestion alternatifs :

Les fonds de gestion alternatifs sont régulièrement critiqués en raison de leur gestion opaque et des opérations qu’ils peuvent permettre. Ainsi, les fonds de gestion alternatifs ont servi au cours de plusieurs attaques spéculatives, notamment sur les taux de change. Des fonds spéculatifs seraient par exemple la cause de la crise économique de Mexique de 1992, des attaques contre le Système Monétaire Européen de 1992/93 ou encore de la crise asiatique de 1997.

Ces attaques, qui ont pu avoir des conséquences économiques dramatiques, interviennent lorsque des spéculateurs identifient une monnaie comme étant surévaluée par rapport à une autre. Ils jouent alors sur les taux de change pour convertir, en très peu de temps, une énorme quantité de la première monnaie dans la seconde. Si dans un premier temps les banques centrales tentent de réagir en compensant les flux, elles finissent par ne plus pouvoir suivre, provoquant un effondrement de la valeur de la monnaie. Le spéculateur peut alors rembourser l’emprunt initialement contracté à un taux avantageux.

Enfin, certains fonds de gestion alternatifs sont accusés d’être des « fonds vautours ». Un fond vautour est un fond d’investissement spéculatif qui se spécialise dans l’achat de dettes émises par des débiteurs en difficulté (il peut s’agir d’entreprises ou d’Etats). Ces fonds réalisent leur plus-value lors de la restructuration de la dette ou en obtenant, par action en justice, le remboursement de leur créance.

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