Les plans de relance, un remède à la crise ?

Tanguy Thivet
Tanguy Thivet

La crise du coronavirus a fortement fragilisé le secteur financier. Pour répondre à la menace de crise économique, les organismes publics ont, pour la plupart, décidé de mettre en place des plans de relance colossaux.

 

La réaction des organismes publics

On distingue deux types de plans de relance, impulsés par des acteurs différents. Les plans de relance budgétaire, décidés par les États, ont pour but principal de soutenir les entreprises en difficulté. La France a ainsi enclenché un plan de relance budgétaire de 100 milliards d’euros, l’Allemagne de 500 milliards et les États-Unis de 2 000 milliards de dollars.

Les banques centrales, elles, mettent en place des plans de relance monétaire qui doivent soutenir la viabilité des marchés financiers en les empêchant de connaître un recul trop important. Elles peuvent par exemple abaisser leurs taux directeurs. Ainsi, la Réserve Fédérale américaine (Fed) a divisé par 10 ses taux directeurs pour faire face à la crise actuelle. Cette mesure permet de faciliter l’obtention de crédit pour les entreprises et les particuliers. De plus, en proposant des prêts de court terme (entre 1 jour et 3 mois), la Fed participe au refinancement des entreprises.

Les plans de relance budgétaire peuvent aussi passer par le rachat d’actifs. La Fed est intervenue sur le marché financier en achetant des bons du Trésor américain et des prêts immobiliers titrisés (le tout pour 700 milliards de dollars). La BCE, elle, a décidé de soutenir les États et les entreprises en se portant sur le marché obligataire. Elle a ainsi opté pour une intensification de ses rachats de dettes privées et publiques, en débloquant un budget de 1 850 milliards d’euros. Ces achats massifs doivent à la fois permettre d’absorber les émissions de dettes publiques issues des plans de relance budgétaire mais également empêcher l’explosion des taux d’emprunt sur les marchés obligataires. Cette stratégie vise à contenir le risque d’insolvabilité des États, comme cela avait pu avoir lieu lors de la crise des dettes souveraines de 2010. Enfin, la BCE a débloqué un fond de 750 milliards d’euros (dont une moitié en prêts et l’autre en subventions) pour permettre aux États de mettre en œuvre des plans de relance économique.

 

Une action en apparence salvatrice… mais incapable de faire face à la chute de la consommation

Ces actions ont eu un effet indéniable sur la survie des entreprises. En effet, grâce au soutien économique de l’ État et à l’arrêt des procédures de l’URSSAF en cas de cessation de paiement, le nombre de défaillances d’entreprises a chuté de près de 40% entre le dernier trimestre 2019 et celui de 2020.

Pourtant, ces chiffres, en apparence positifs, ne doivent pas occulter qu’ils ne correspondent pas à une diminution du nombre d’entreprises en difficulté : c’est un simple report du problème. Ainsi, il est attendu que jusqu’à 25% des entreprises de certains secteurs particulièrement touchés (on pensera particulièrement à la restauration), soient obligées de mettre la clé sous la porte d’ici la fin 2021.

Une étude d’Euler Hermes prévoit d’ailleurs 64 000 faillites d’entreprises en 2021, soit une hausse de 32% par rapport à l’année dernière. Cette fragilisation du tissu économique est en grande partie due à la chute de la consommation des ménages.

 

Les plans de relance nourrissent en réalité une bulle spéculative

Pourtant, la mauvaise allocation actuelle des plans de relance semble bien être plus une source de maux que de solutions.

Ainsi, si les plans de relance mis en place actuellement semblent parvenir à préserver, provisoirement, les emplois, ils sont déconnectés de l’économie réelle. En effet, alors que la consommation reste en berne, les marchés boursiers, aidés par les milliards injectés, atteignent des sommets similaires à ceux précédant la crise sanitaire. Entre mi-février et mi-mars les indices boursiers ont décroché de 34 % aux États-Unis et de 38 % en France. Pourtant, après les interventions des banques centrales, Wall Street signait son meilleur trimestre depuis 1998 et son meilleur mois de novembre depuis 1928. La crise n’a pas non plus ralenti la croissance des géants : la capitalisation d’Apple a connu une explosion de 80% depuis le début de l’année, celle d’Amazon de 70 % et celle de Microsoft de 40 %.

Le plan de relance français, de 100 milliards d’euros, est trois fois plus important que celui mis en place en 2008. Pourtant, la crise de 2008 était une crise financière tandis que nous avons affaire à un ralentissement de l’économie réelle.

Par des plans de relance déconnectés des réalités économiques, les banques centrales font repartir les marchés financiers à la hausse alors même que l’économie réelle est toujours au ralenti. Cette déconnexion accroît le risque de voir apparaître une bulle spéculative.

 

Sources :

Covid-19 : la BCE rallonge son plan de soutien de 500 milliards d’euros – Le Point

Bourse : les chiffres fous d’une année 2020 hors norme | Les Echos

Les défaillances d’entreprises ont baissé de 36,1% en novembre (lefigaro.fr)

Crise du coronavirus : pourquoi n’y a-t-il pas davantage de faillites ? (la-croix.com)

Site de Francis Lefebvre

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