Trois grands objectifs économiques et financiers pour 2021

Kofi Azède

Alors que l’année 2020 touche à sa fin, l’économie mondiale fait toujours face à la crise du coronavirus débutée en décembre 2019. En effet, en France par exemple, l’Insee prévoit une baisse du PIB de 9% par rapport à l’année 2019 et, bien que certains pays tels que la Chine ou la Nouvelle-Zélande aient entamé une phase de reprise, l’évolution du PIB mondial devrait être similaire à celle du PIB français.  

Au niveau de la finance, après avoir subi leur pire baisse depuis la crise des subprimes, les différents marchés financiers connaissent maintenant une période d’euphorie. Le Dow Jones par exemple, principal indice boursier de la Bourse de New York, a atteint en novembre dernier un niveau record en passant la barre des 30 000 points alors qu’il s’élevait à moins de 19 000 points courant mars. Cependant, l’impact de la crise ne se limite pas au niveau statistique, cette dernière a remis en cause la structure même de l’économie. Il est donc temps de tirer des conclusions de cette année 2020 et d’établir les principaux enjeux concernant l’année à venir.  

1. Entamer la relance économique  

Après cette année de récession que fut 2020, la reprise économique est primordiale pour l’année à venir car l’économie mondiale a été grandement fragilisée et une perduration de cette crise pourrait avoir des conséquences non négligeables notamment au niveau du chômage qui pourrait voir son niveau structurel augmenter d’après l’effet dhystérèse (augmentation du niveau structurel du chômage duà un maintien du chômage conjoncturel à un niveau élevé). Une augmentation du niveau du chômage structurel serait désastreuse pour les économies, surtout pour l’économie européenne qui avait déjà du mal à retrouver les niveaux de chômage d’avant la crise des subprimes 

En effet, le chômage est une source de coûts pour les gouvernements par l’intermédiaire des différentes dépenses de sécurité sociale qu’il provoque mais il est aussi synonyme de baisse des recettes à travers la baisse des impôts perçus du fait de la baisse du revenu global et de la baisse de la consommation qu’il engendreDe ce fait, au vu du contexte actuel de hausse de la dette publique mondialequi représente aujourd’hui 101,5% du PIB mondial selon le FMI, les États ne peuvent se permettre de devoir aussi faire face à un risque d’insoutenabilité de leur dette. 

2. Éviter l’éclatement de la bulle spéculative  

Les marchés financiers sont repartis à la hausse depuis avril 2020 alors que de nombreux pays étaient toujours confinés et que les résultats économiques du premier trimestre étaient mauvais. Cette déconnexion du monde de la finance et de l’économie laisse planer le doute quant à l’éventuelle formation d’une nouvelle bulle spéculative pouvant provoquer une nouvelle crise financière semblable à celle de 2008. En effet, depuis l’annonce d’un possible vaccin, la hausse des marchés s’est accélérée alors que certains pays ont reconfiné leur population comme la France et qu’aucune amélioration au niveau des grands agrégats économiques n’a encore été constatée.  

La capitalisation boursière mondiale a ainsi atteint une valeur de 95 000 milliards de dollars et représente maintenant 108% du PIB mondial, se rapprochant dangereusement du niveau de 200où elle représentait 120% du PIB. Si l’économie mondiale ne repart pas dans les mois qui viennentla bulle en formation pourrait éclater ce qui pourrait in fine engendrer une perte de confiance durable des investisseurs et donc un manque de liquiditéd’après le principe de la préférence pour la liquidité de Keynes. Selon Keynes (Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la Monnaie)en situation de récession ou de forte incertitude, les acteurs économiques préfèrent conserver leurs épargnes sous une forme liquide ce qui pourrait donc engendrer un manque de liquidités dans l’économie mondiale et qui empirerait la situation actuelle car ces dernières sont primordiales afin de financer la relance.  

3. Développer la finance soutenable  

La finance soutenable ou finance durable consiste à concilier performance économique et impacts sociaux et environnementaux positifs en finançant des entreprises contribuant activement au développement durable. En ce sens, elle peut être un élément de réponse à la crise actuelle qui est tant économique que sociale et environnementale. En effet, lCOVID-19 a non seulement remis en cause l’activité et les chaînes de distribution de nombreuses entreprisesmais il a aussi accentué les inégalités économiques et sociales comme les inégalités d’accès aux soins par exemple. En réponse à cela, plusieurs banques, dont la Banque nordique d’investissement, ont émis des « obligations sociales » (social bonds) afin de financer le dispositif de chômage partiel dans certains pays ou encore de soutenir les services de santé.  

Cette branche de la finance se décompose en différents domaines : l’investissement socialement responsable (ISR), la finance verte, la finance solidaire et le social business. Ces différents modèles s’appuient sur des nouveaux critères d’analyse (les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ou « ESG »), de nouveaux outils financiers comme les obligations vertes (green bonds) et sur les acteurs traditionnels du monde de la finance. Le développement de la finance soutenable par-delà la crise sanitaire est nécessaire afin de financer la transition vers un nouveau modèle plus efficace tant économiquement que socialement et permettant de faire face aux risques que le réchauffement climatique représente pour la société et pour la stabilité financière elle-même. 

Ces objectifs constituent bien entendu une liste non exhaustive des nombreux défis auxquels les gouvernements et autres agents économiques devront faire face au cours de l’année 2021 mais demeurent malgré tout au cœur des mesures à mettre en place afin de permettre à l’économie mondiale de repartir et d’entamer une nouvelle phase d’expansion durable. 

Sources :  

www.businessgreen.com. (2020).How Covid-19 is refocussing sustainable finance. https://www.businessgreen.com/opinion/4013994/covid-19-refocussing-sustainable-finance. 

https://group.bnpparibas/actualite/finance-durable-parle-t-on. 

www.lesaffaires.com. (n.d.).Bourse: à plus de 30 000 points, le Dow est à un niveau record 

https://www.lesaffaires.com/bourse/revue-des-marches/bourse-a-plus-de-30-000-points-le-dow-est-a-un-niveau-record/621331. 

Blanchard O. & Summers L. (1986) Hysteresis And The European Unemployment Problem 

Laisser un commentaire